Démission de Nicolas Hulot : retour sur un tsunami politique

Quelques jours après l’intervention de Nicolas Hulot sur les ondes de France Inter, la démission du Ministre d’état à la Transition économique et sociale n’en finit plus, et à raison, de faire parler. Sans épiloguer sur la forme de son départ, particulière et inattendue, le fond mérite lui qu’on s’y attarde, tant les mots de l’ancien présentateur de TF1 ont été forts, presque désespérés. Analyse de sa demi-heure d’interview.

Première étape : l’incompréhension face aux dangers déjà présents

« Je ne comprends pas pourquoi, les uns et les autres, nous assistons à la gestation d’une tragédie bien annoncée, dans une forme d’indifférence. La planète est en train de devenir une étuve, nos ressources naturelles s’épuisent, la biodiversité fond comme la neige au soleil, et ce n’est pas toujours appréhendé comme un enjeu prioritaire« .

C’est par cette réponse très forte à la question du présentateur Nicolas Demorand que Nicolas Hulot a débuté son intervention au micro de France Inter. D’emblée, le ton est grave, la mine déconfite. On sent même de la résignation dans la voix du Ministre. Difficile de lui donner tort au regard des nombreux évènements estivaux, ou de l’unanimité des scientifiques sur le sujet : la planète est en danger, et l’être humain est en train de la transformer radicalement. Si bien que c’est la survie même de l’espèce humaine qui est directement et par prolongement menacée.

Nicolas Hulot le dit lui même : les enjeux environnements sont relégués au second plan, derrière d’autres enjeux plus immédiats, plus court-termistes. Pourtant, à force de croire qu’on « a le temps », il sera sans doute bientôt trop tard pour réagir.

Seconde étape : la démission inattendue

« Je vais prendre pour la première fois la décision la plus difficile de ma vie. Je ne veux plus me mentir. Je ne veux pas donner l’illusion que ma présence dans ce gouvernement signifie qu’on est à la hauteur de ces enjeux là. Et donc je prends la décision de quitter le gouvernement« .

Il y a un peu plus d’un an, la nomination de Nicolas Hulot au poste de Ministre d’état de la Transition écologique avait donné de grands espoirs en matière de protection de l’environnement. Las, l’ancien présentateur d’Ushuaïa ne peut que constater l’évidence : il ne peut pas lutter seul contre tous, à voir ses dossiers constamment bloqués par l’Elysée (comme il l’avait confié par téléphone à Brigitte Bardot). L’émotion dans sa voix est d’ailleurs palpable, très forte : l’homme donne l’impression qu’il baisse les bras face à l’inéluctabilité des évènements.

Dans sa position de numéro 3 du gouvernement Macron, Nicolas Hulot n’a pas pu changer les choses comme il le souhaitait. Et c’est sans doute sans regret qu’il tourne la page « politique » de sa vie.

Troisième étape : les raisons de son départ

« La responsabilité elle est collégiale, elle est collective, elle est sociétale (…). La planète, qui devient une étuve, mérite qu’on se retrouve, qu’on change d’échelle, qu’on change de scope, qu’on change de paradigme « .

Mais la question est la suivante : un changement de paradigme est-il possible ? On l’a déjà évoqué, via les réseaux sociaux ou sur ce site, mais un homme seul n’est pas en mesure de changer toute une société. Il est du devoir de chacun de prendre ses responsabilités pour que l’inéluctable, s’il n’est pas déjà présent, ne se produise pas.

Mais qui veut vraiment aujourd’hui changer de façon de vivre ? Nombreuses sont les personnes qui sentent le malaise au fond d’eux même, mais qui n’osent pas ou ne peuvent pas changer de cap. La raison ? Une société presque inextricable, et un système économique dans lequel on se sent broyé.

Changer de vie, ralentir la cadence et repenser son mode de fonctionnement vis à vis de l’environnement est pourtant un impératif. Et ce changement doit être le fruit d’une réflexion personnelle sur l’essentiel qui compose la vie, afin que le superflu soit enfin mis de côté.

« A l’observation, c’est l’ensemble de la société qui porte ses contradictions (…). Et c’est l’ensemble du gouvernement, l’industrie, l’économie, le budget, le transport, l’agriculture, qui allaient être à mes côtés pour inventer cette société. Je sais que seul, je n’y arriverai pas« .

On l’a dit plus haut : l’homme providentiel n’existe pas. Et c’est un leurre du gouvernement Macron d’avoir pu faire croire que mettre Nicolas Hulot, haute figure écologique française, à la tête de ce ministère nouvellement créé allait changer quoi que ce soit.

Le désormais ancien Ministre le dit lui même : seul, il est incapable d’agir. Et il est nécessaire, voire même indispensable, que tous les rouages de la société se mettent à tourner dans le même sens et avec cette unique vision écologique pour qu’un changement profond puisse se faire.

« J’ai découvert la présence d’un lobbyste (lors d’une réunion avec les chasseurs) qui n’était pas invité. Et c’est symptomatique de la présence des lobbies dans les cercles du pouvoir« .

Le phénomène n’est pas nouveau, mais la tendance semble s’être accélérée en Macronie : les lobbies sont partout et usent de leur pouvoir d’influence pour faire infléchir les lois en faveur des sociétés qu’ils représentent. Et bien souvent (tout le temps ?) les arguments sont principalement économiques, et pas du tout écologiques.

Qui blâmer ? Les politiques, qui n’interdisent pas ces pratiques ? Ou doit-on se blâmer nous-mêmes, en autorisant et en fermant les yeux sur les dérives d’un monde politique gangréné par des petits arrangements ? Nous avons les hommes et femmes politiques que l’on mérite…

Comme le dit Nicolas Hulot dans la suite de son intervention : « Qui a le pouvoir ? Qui gouverne ?« . Et je trouve que c’est une excellente conclusion à cet article. A méditer.

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2 réponses

  1. 4 septembre 2018

    […] son intervention sur les ondes de France Inter où il a annoncé sa démission (voir : « Démission de Nicolas Hulot : retour sur un tsunami politique« ), le désormais ex-ministre de la Transition écologique a pointé du doigt une des calamités […]

  2. 15 novembre 2018

    […] Démission de Nicolas Hulot du gouvernement d’Emmanuel Macron, succès dans la foulée des marches pour le climat partout en France, et plus globalement intérêt grandissant des français pour l’actualité écologique : le moment était parfaitement choisi pour ces Youtubeurs afin de toucher une jeune génération qui représente l’avenir de notre planète. […]

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